Protégez votre entreprise contre les actes de concurrence déloyale et les risques de travail dissimulé, pour préserver la santé de votre activité.
Le conseil de Nereos

Quelles sont les démarches pour identifier et réagir face à un détournement de clientèle en entreprise ?
Le détournement de clientèle représente un acte de concurrence déloyale selon le droit français. Cet article vise à clarifier cette notion et les démarches associées en cas de litige.
Le détournement de clientèle est un comportement non éthique qui peut ouvrir la voie à une action en concurrence déloyale. Ce procédé consiste à capter la clientèle d’un concurrent par des moyens non loyaux, causant ainsi une désorganisation de son activité. En d’autres termes, il s’agit d’une tentative délibérée d’attirer les clients d’un concurrent par des moyens injustes.
En France, la liberté de la concurrence permet aux entreprises de tenter de séduire les clients d’autres entreprises, mais uniquement par des moyens légitimes. Cependant, lorsqu’un acteur utilise des méthodes abusives, la loi impose des limites à cette concurrence pour protéger les entreprises contre des comportements nuisibles.
Ainsi, lorsqu’il n’y a pas de procédés déloyaux, le démarchage de clients concurrents est autorisé. La notion de concurrence déloyale se trouve également dans le Code de commerce, avec l’appui de la loi de finance N° 63-628 du 2 juillet 1963. Cette loi indique qu’un acte de concurrence déloyale repose sur des comportements concurrentiels interdits par la loi ou les usages et susceptibles de causer un préjudice aux concurrents.Bien que le code juridique n’établisse pas de sanction spécifique pour ces pratiques, elles peuvent entraîner des sanctions civiles sous forme de dommages et intérêts pour les victimes. Si vous soupçonnez un détournement de clientèle, il est essentiel de vérifier que cet acte relève bien de la concurrence déloyale pour envisager une action en justice.
Le détournement de clientèle peut également constituer une violation de l’obligation de loyauté des salariés prévue aux articles 1103 et 1104 du Code civil et à l’article L.1222-1 du Code du travail. Pour constituer un acte déloyal, trois éléments sont requis : une faute de l’auteur, un préjudice subi par l’entreprise et un lien direct entre la faute et le préjudice.
Quelles sont les caractéristiques, sanctions et conséquences du travail dissimulé pour l’employeur et le salarié ?
Le travail « au noir » ou dissimulé peut entraîner de graves répercussions juridiques et financières, tant pour l’employeur que pour le salarié. Les sanctions pour un salarié non déclaré sont sévères, c’est pourquoi il est crucial d’éviter cette qualification.
Selon l’article L.8221-5 du Code du travail, le travail dissimulé se caractérise par :
- L’absence d’une déclaration préalable d’embauche,
- La non-remise d’un bulletin de paie,
- Des heures de travail réduites sur le bulletin par rapport à celles réellement effectuées,
- L’omission des déclarations obligatoires sur les salaires ou cotisations sociales aux organismes de recouvrement ou à l’administration fiscale.
Le travail dissimulé représente un délit, pouvant être une dissimulation complète ou partielle d’activité ou d’emploi salarié. Le Code du travail prévoit des sanctions pour les auteurs de telles infractions, qui peuvent être financières, pénales et administratives.
Un salarié victime de travail dissimulé a des recours pour obtenir réparation. Cependant, il pourrait devoir payer des cotisations sociales ou charges fiscales selon les cas. Contrairement au travail dissimulé, le « travail illégal » est un terme plus large qui englobe plusieurs pratiques interdites, comme le marchandage ou le prêt de main-d’œuvre non autorisé.
Il est donc essentiel de comprendre les situations où un emploi peut être qualifié de dissimulé (I), les sanctions qui en découlent (II), et les conséquences pour l’employeur et le salarié (III).
I. Quand considère-t-on qu’un emploi est dissimulé ?
L’intention de dissimuler un emploi est au cœur de cette infraction. Une activité peut être jugée dissimulée lorsqu’elle est exercée sans respecter les règles fiscales, sociales ou commerciales. Cela peut se manifester par la non-déclaration d’une partie des revenus ou le maintien d’une activité malgré une radiation des organismes de sécurité sociale (article L.613-4 du Code de la Sécurité sociale).
Exemple : Ne pas s’inscrire au registre du commerce et des sociétés, ou auprès de l’URSSAF et de l’administration fiscale, sont des manœuvres de dissimulation.
Pour un emploi salarié, la dissimulation se produit lorsque l’employeur choisit délibérément de ne pas déclarer les salaires, charges sociales ou impôts dus. La dissimulation par des statuts falsifiés (indépendants fictifs, stagiaires, bénévoles) est également une fraude.
Exemple : Ne pas faire de déclaration d’embauche, délivrer un bulletin de paie inexistant ou falsifier les heures de travail constituent des preuves de dissimulation d’emploi salarié.
La fausse sous-traitance peut aussi constituer une dissimulation lorsque l’employeur prétend employer un sous-traitant pour masquer une relation de subordination qui, en réalité, est celle d’un employé.
Exemple : En 2020, la Cour de cassation a jugé qu’un chauffeur Uber devait être considéré comme salarié, et non comme indépendant, en raison de la subordination implicite.
Pour éviter toute accusation de dissimulation d’emploi, il est impératif de respecter toutes les déclarations et obligations légales.
II. Sanctions encourues
Le délit de travail dissimulé entraîne des conséquences légales en matière civile, pénale et administrative.
1) Sanctions civiles
Si le contrat de travail est rompu, le salarié peut réclamer une indemnité forfaitaire équivalant à six mois de salaire, calculée en fonction de son ancienneté et du motif de la rupture. Cette indemnité s’ajoute aux indemnités de rupture, y compris :
- L’indemnité pour licenciement sans cause réelle,
- L’indemnité pour procédure irrégulière,
- Les dommages et intérêts pour violation des procédures de licenciement,
- L’indemnité compensatrice de préavis et de congés payés.
Attention : Si le contrat n’est pas rompu, cette indemnité n’est pas due (Cour de cassation, 2 mars 2016).
2) Sanctions pénales
L’employeur risque jusqu’à trois ans d’emprisonnement et/ou une amende de 45 000 € (article L.8224-1 du Code du travail). Pour les entreprises, l’amende est multipliée par cinq. Les peines peuvent être aggravées dans des cas particuliers (emploi de mineurs, délit en bande organisée, etc.). Des peines complémentaires sont possibles, comme l’affichage de la décision judiciaire.
Le salarié est protégé en tant que victime, même s’il sait ne pas être déclaré, sauf s’il est démontré qu’il agit de manière frauduleuse.
3) Sanctions administratives
L’article L.8224-3 prévoit pour toute personne physique reconnue coupable de travail dissimulé des interdictions telles que l’inéligibilité à certaines fonctions publiques ou la gestion d’une entreprise, et une exclusion des marchés publics pendant jusqu’à cinq ans.
III. Conséquences du travail dissimulé
Le travail dissimulé crée des responsabilités pour l’employeur envers le salarié, et il est crucial de procéder à toutes les déclarations pour éviter les sanctions.
Le salarié ne peut être considéré comme complice de l’employeur en raison du lien de subordination. Cependant, si le salarié perçoit des revenus sociaux en même temps qu’il travaille « au noir » (indemnités journalières, chômage, RSA), il devra rembourser les aides perçues.
En cas de rupture du contrat, le salarié peut aussi demander une compensation comme s’il s’agissait d’un licenciement abusif, avec indemnités de préavis, congés payés et dommages pour licenciement sans cause réelle.
Le salarié qui participe au travail dissimulé n’est pas pénalement responsable, mais des répercussions financières peuvent s’appliquer.
Exemple : Le salarié pourrait être redevable de pénalités fiscales ou d’un remboursement des aides sociales reçues à tort.
Il est donc essentiel de déclarer correctement tous les emplois pour éviter les risques associés au travail dissimulé.
Quelles sont les conditions nécessaires pour qualifier le détournement de clientèle?
Le détournement de clientèle dans un contexte professionnel comporte des spécificités. Un salarié, par exemple, est tenu à un devoir de loyauté envers son employeur. Cette obligation lui interdit d’agir, directement ou indirectement, en concurrence déloyale contre son entreprise durant toute la durée de son contrat de travail, même s’il est en suspension. En dehors d’un contrat de travail, les règles de non-concurrence s’appliquent, régulant notamment les activités permises ou interdites dans certains lieux ou jours.
L’abus de confiance et la concurrence déloyale sont sanctionnés en vertu de l’article 1240 du Code civil, qui interdit à un salarié d’enfreindre ses obligations contractuelles. Il est interdit à un salarié de mener une activité concurrente à celle de son entreprise pendant son contrat de travail, même sans mention explicite dans ce contrat. Par exemple, un salarié de McDonald’s ne peut servir les clients dans un Burger King le soir.
Les contrats de travail incluent souvent une clause de non-concurrence, empêchant un salarié de travailler pour un concurrent. L’obligation de loyauté est ainsi inhérente au contrat et est régie par l’article 1134 du Code civil.
Cependant, certaines activités ne sont pas nécessairement considérées comme un manquement à cette obligation. Par exemple, dans un arrêt de la Cour de cassation en date du 7 avril 1999, il a été jugé que le fait pour un salarié de postuler dans une autre entreprise sans en informer son employeur ne constitue pas une faute de loyauté.
Le détournement de clientèle peut être reconnu lorsque, par exemple, un salarié démarchant des clients de son entreprise pour la société de son conjoint en période d’arrêt maladie commet un manquement à son obligation de loyauté, jugé comme une faute grave (arrêt du 23 novembre 2010, chambre sociale).
Le non-respect de cette obligation de fidélité et de loyauté peut justifier un licenciement immédiat sans préavis ni indemnité, en cas de faute grave ou lourde.
Trois conditions doivent être remplies pour caractériser un détournement de clientèle :
- Une faute de l’auteur, impliquant une action déloyale.
- Un préjudice pour l’entreprise, pouvant être direct, indirect, économique ou moral.
- Un lien de causalité, prouvant que le préjudice résulte de la faute de l’auteur.
Exemple : inciter les clients d’un garage à aller ailleurs en raison de prix jugés trop élevés constitue un préjudice moral pour l’entreprise.
Le lien de causalité doit être prouvé, mais l’acte de concurrence déloyale est absent si aucun procédé déloyal n’a été utilisé.
Un tiers utilisant des moyens frauduleux pour détourner la clientèle s’expose également à des sanctions pour abus de confiance (article 314-1 du Code pénal). La victime peut demander des dommages et intérêts devant les tribunaux, en tenant compte de la durée et des circonstances de l’acte déloyal.
Recours en cas de détournement de clientèle
Si vous êtes victime de détournement de clientèle, différentes solutions s’offrent à vous, avec un point de départ recommandé : une résolution amiable. Dans le cadre d’une discussion avec votre salarié, envisagez l’assistance d’un avocat en droit de l’employeur pour maximiser vos chances de succès.
Une procédure en référé devant le Conseil de prud’hommes (CPH) peut également être intentée si vous souhaitez faire cesser rapidement les actes déloyaux d’un salarié.
Information : Le référé est une procédure pour prévenir un dommage imminent ou mettre fin à une infraction manifeste.
Si l’auteur est un concurrent, c’est le Tribunal de commerce qui est compétent pour juger de ces faits. Vous pouvez également entamer une action en responsabilité pour obtenir réparation de votre préjudice. Cela inclut la possibilité d’inclure les complices et coauteurs de l’acte déloyal.
Exemple : un employeur peut poursuivre le nouvel employeur pour concurrence déloyale devant le Tribunal de commerce, et le salarié devant le CPH si les faits se sont produits pendant le contrat de travail.
Rassemblez le plus de preuves possible, y compris des attestations de partenaires ou les résultats d’investigations d’un détective privé. Pour saisir le tribunal, des éléments concrets permettant d’évaluer les préjudices sont nécessaires, car la charge de la preuve incombe à la partie qui se déclare lésée.
À noter : Vous pouvez engager une action en concurrence déloyale devant le CPH contre l’ancien salarié et devant le Tribunal de commerce contre le nouvel employeur.
Gardez à l’esprit le délai de prescription de cinq ans à partir de la connaissance des faits. Passé ce délai, aucune action ne pourra être intentée.
À retenir : Plus le dossier est documenté, plus vos chances de succès en justice augmentent.
Enfin, le détournement d’un fichier client n’est pas nécessairement illicite, car la clientèle n’est pas la « propriété » de l’entreprise. Cependant, les moyens utilisés peuvent être répréhensibles, comme le vol d’un fichier client.

